Claire Vasseur a rencontré Sébastien Marchand dans un café de Bordeaux, un mardi matin de mai. Ingénieur dans le secteur de l’aéronautique, 42 ans, deux enfants, dix ans de mariage avec Natalia — une Moscovite rencontrée via une agence matrimoniale en 2014. Il avait accepté de répondre à nos questions sans langue de bois, condition qu’il avait posée d’emblée : “Je ne vais pas vous vendre du rêve. Je vais vous raconter ce que c’est vraiment.”
Cet entretien repose sur le témoignage fictif de Sébastien Marchand, personnage éditorial dont le récit synthétise des expériences documentées dans des forums francophones, des groupes Facebook de couples franco-russes et des entretiens qualitatifs publiés par des chercheurs en migrations. Aucun élément ne fait référence à une personne réelle identifiable.
Sébastien Marchand
Ingénieur, Bordeaux — Marié à Natalia (Moscou) depuis 2016. Père de deux enfants bilingues franco-russes. Il accompagne depuis 2021 un groupe d'entraide en ligne pour les hommes français en relation avec des femmes russes ou ukrainiennes.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Claire Vasseur : Sébastien, avant de parler de votre vie de couple, parlez-nous de la rencontre. Comment un ingénieur bordelais se retrouve-t-il à chercher une partenaire russe ?
Sébastien Marchand : Franchement, je n'avais pas "cherché une femme russe" comme objectif en soi. J'avais 32 ans, un divorce derrière moi, et j'avais l'impression que les relations que j'avais eues s'enlisaient toujours dans les mêmes schémas. Un ami qui avait rencontré sa femme ukrainienne m'a conseillé de regarder ce qui se faisait du côté des agences matrimoniales. J'ai passé trois mois à lire des forums, des témoignages — notamment sur des guides comme ceux qu'on trouve pour [bien préparer une rencontre avec une femme russe](/blog/rencontrer-femme-russe-2026-ou-comment-contexte-actuel/) — avant de me lancer.J’ai contacté une agence basée à Paris. Pas la moins chère. Pas la plus spectaculaire non plus. Ce qui m’avait convaincu, c’était leur processus de vérification des profils. Ils m’ont envoyé des fiches — une sorte de dossier sur chaque femme. Natalia était la quatrième que j’ai contactée. On a commencé à échanger par messages, puis par appels vidéo. Au bout de deux mois, j’ai pris l’avion pour Moscou.
Ce que personne ne dit : le premier voyage est une montagne de stress. Vous débarquez dans un pays dont vous ne parlez pas la langue, dans une ville de douze millions d’habitants, pour rencontrer une femme que vous connaissez via un écran. L’agence m’avait fourni un interprète pour les deux premiers jours. Ça aide énormément — et ça change aussi la dynamique : vous n’êtes plus seul à gérer l’imprévu.
Claire Vasseur : Et cette première rencontre en personne — elle a correspondu à ce que vous aviez imaginé ?
Sébastien Marchand : Natalia était exactement comme sur les vidéos — ce qui est déjà un soulagement, parce que ça n'est pas toujours le cas, paraît-il. Ce qui m'a frappé en revanche, c'est sa façon d'être présente. Elle ne jouait pas de rôle. Elle posait des questions directes sur ma vie, mes projets, ma relation avec ma famille. Elle voulait savoir ce que j'espérais vraiment, pas ce que je pensais devoir lui dire.Je vais être honnête : j’ai failli me lever et partir après le premier dîner, pas parce que quelque chose s’était mal passé, mais parce que j’étais tellement impressionné que j’avais peur de baisser dans son estime. Ce n’est pas une sensation que j’avais connue depuis longtemps.
On s’est revus le lendemain, puis encore deux jours plus tard. J’ai pris un billet pour un deuxième voyage trois semaines après. Et un troisième. En septembre 2015, j’ai demandé Natalia en mariage dans le jardin de son appartement à Moscou. Elle m’a dit oui en russe, ce qui était la seule réponse que j’aurais pu comprendre.
Les premières années : choc culturel ou idylle ?
Claire Vasseur : Après le mariage, Natalia est arrivée à Bordeaux. Comment s'est passée cette transition ?
Sébastien Marchand : La première année a été la plus difficile de notre vie commune. Je veux être clair là-dessus, parce que beaucoup de récits romantisent cette période. Natalia parlait anglais couramment, mais son français était scolaire. Elle avait quitté un travail qu'elle aimait — elle était conceptrice graphique dans une agence moscovite — pour arriver dans une ville où personne ne la connaissait, où les codes sociaux étaient différents, et où même faire ses courses représentait un effort cognitif épuisant.Il y avait aussi des tensions que je n’avais pas anticipées. Je travaillais des journées longues. Natalia restait seule dans l’appartement à apprendre le français et à gérer l’administration — les formulaires OFII, la reconnaissance de ses diplômes, les rendez-vous en préfecture. Si vous n’avez jamais vécu ça, vous ne pouvez pas imaginer à quel point c’est abrasif pour quelqu’un d’intelligent et d’autonome de se retrouver réduit à “je ne comprends pas ce formulaire”.
Ce qui nous a sauvés : nous avions établi une règle dès le début — une heure de conversation par jour, en face à face, sans téléphone. C’est dans ces moments qu’on a vraiment appris à se connaître en dehors du contexte romanesque de la rencontre.

Claire Vasseur : Sur le plan culturel, qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans la façon de vivre de Natalia ?
Sébastien Marchand : Plusieurs choses. D'abord, son rapport à l'hospitalité. Quand des gens viennent chez nous, même pour un apéritif improvisé, Natalia prépare suffisamment pour nourrir un régiment. Au bout de 5 ans, j'ai arrêté d'essayer de la convaincre que "ça suffira". Ce n'est pas de l'excès — c'est une expression de respect envers les invités qui est profondément ancrée dans la culture slave.Ensuite, son rapport au travail. Natalia est l’une des personnes les plus rigoureuses que je connaisse. Elle a repris des études de design à Bordeaux, obtenu une équivalence de diplôme, et travaille aujourd’hui dans une agence locale. Elle ne se plaint jamais. Quand il y a un obstacle, elle cherche une solution. Cette résilience — je ne sais pas si c’est propre aux femmes russes en général, mais chez elle, c’est frappant.
Ce qui m’a le plus surpris en revanche, c’est son rapport aux conflits. Une femme française, quand elle est en colère, l’exprime souvent assez clairement et assez vite. Natalia retient. Elle encaisse. Et puis un jour, tout sort — calme, précis, argumenté. C’est plus efficace et c’est plus respectueux à mes yeux, mais ça demande d’apprendre à lire les signaux avant que la cocotte siffle.
La famille de sa femme : intégration et malentendus
Claire Vasseur : La belle-famille est souvent citée comme l'un des points sensibles dans les couples interculturels. Quelle a été votre expérience ?
Sébastien Marchand : Ma belle-mère est une femme remarquable. Elle a 67 ans, elle parle trois langues, elle a élevé deux enfants seule après son divorce. Et elle a une opinion sur tout. Y compris sur ma façon d'élever mes propres enfants.Les premières années, c’était parfois difficile. Elle appelait Natalia deux fois par jour. Elle envoyait des paquets avec des jouets russes pour les enfants, accompagnés de longues lettres d’instructions sur comment ils devaient être utilisés. Elle avait un avis sur nos vacances, sur nos choix alimentaires, sur le moment d’acheter un appartement.
J’ai mis du temps à comprendre que ce n’était pas de l’intrusion — c’était de l’amour, exprimé dans les codes d’une culture où la famille étendue reste une unité active dans la vie quotidienne. La fidélité de la femme russe envers sa famille ne s’arrête pas à son mari — elle s’étend à ses parents, sa fratrie, parfois ses cousins.
Ce qui a tout changé : j’ai commencé à apprendre quelques mots de russe. Pas courant — quelques formules de politesse, les noms des plats qu’elle prépare quand elle vient, comment dire “merci, c’était délicieux”. Ma belle-mère a pleuré la première fois que je lui ai souhaité bonne nuit en russe. Depuis, on a une relation sincère. Elle m’a confié un jour que j’étais l’homme qu’elle n’avait pas réussi à trouver pour elle-même.
Claire Vasseur : Est-ce que la distance géographique — Bordeaux et Moscou — a compliqué ce lien avec la famille de Natalia ?
Sébastien Marchand : Oui et non. La distance oblige à ritualiser les contacts. On appelle en vidéo le dimanche soir — c'est sacré. Les enfants parlent russe avec leur grand-mère, en français avec nous. Ce rituel a construit quelque chose de solide. La famille de Natalia nous a rendu visite trois fois depuis 2016 — une semaine à chaque fois, toujours intenses, toujours riches.Ce qui a compliqué les choses, c’est le contexte géopolitique depuis 2022. Pour les questions administratives, les virements bancaires, les échanges officiels entre France et Russie — ça devient compliqué. Si vous êtes dans cette situation, je vous recommande de vous renseigner sur les ressources pour couples franco-russes qui compilent les informations pratiques actualisées. Et pour tout ce qui touche aux documents officiels — traductions certifiées, apostilles — de passer par des spécialistes comme des traducteurs assermentés russe-français plutôt que de bricoler avec des outils en ligne.
Élever des enfants bilingues franco-russes
Claire Vasseur : Vous avez deux enfants. Comment se passe l'éducation bilingue au quotidien ?
Sébastien Marchand : C'est ce dont je suis le plus fier dans notre vie commune. Léa a 8 ans, Maxime en a 6. Ils parlent les deux langues sans effort apparent — ils passent de l'une à l'autre selon l'interlocuteur, naturellement. Léa raisonne parfois différemment en russe et en français : elle m'a expliqué un jour que "le russe, c'est pour les choses qui ont du fond, le français c'est pour rire".La règle qu’on a appliquée depuis le début : une personne, une langue. Je parle uniquement français avec eux, Natalia uniquement russe. Même quand c’est tentant de mélanger. Même quand ça ralentit la conversation. C’est épuisant au début, et puis ça devient naturel.
La vraie difficulté, c’est l’écrit. Le cyrillique, ça ne s’apprend pas en regardant des dessins animés. On a trouvé une professeure de russe en ligne — une Moscovite qui donne des cours à Zoom — pour une heure par semaine. Ça coûte une cinquantaine d’euros par mois pour les deux enfants ensemble. C’est le meilleur investissement qu’on ait fait pour leur éducation.

Claire Vasseur : Et leur identité culturelle — comment la définissent-ils eux-mêmes ?
Sébastien Marchand : Léa dit qu'elle est "franco-russe", avec beaucoup de fierté. Elle a fait un exposé à l'école sur la Russie — la géographie, Pouchkine, les traditions de Noël orthodoxe — et ses camarades étaient fascinés. Maxime dit qu'il est "bordelais et un peu de Moscou". Pour lui, les deux cultures coexistent sans tension.Ce que j’observe, c’est leur capacité à s’adapter à n’importe quelle situation sociale. Chez la famille de Natalia à Moscou, ils sont à l’aise. Ici avec mes parents à Bordeaux, ils sont à l’aise. Cette fluidité — qui vient de la double appartenance — je pense qu’elle les servira toute leur vie.
La seule chose qui m’inquiète parfois, c’est la Russie de leur adolescence. Ce pays qu’ils aiment par procuration, via leur mère et leur grand-mère, n’est pas facile à aimer objectivement en 2026. On essaie de leur transmettre une culture russe — la littérature, la musique, les traditions — séparée de la politique actuelle. Ce n’est pas toujours simple.
Ce que vous n’aviez pas prévu
Claire Vasseur : Avec le recul, qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans cette vie commune — quelque chose que vous n'aviez vraiment pas anticipé ?
Sébastien Marchand : Deux choses. La première : à quel point ça m'a fait grandir. Je vais être honnête — à 32 ans, avant de rencontrer Natalia, je vivais dans une confortable médiocrité émotionnelle. Je ne faisais pas vraiment d'efforts dans mes relations. Être avec une femme qui observe tout, qui pèse chaque mot, qui attend des actes et pas seulement des déclarations — ça vous oblige à devenir quelqu'un de mieux.La seconde : les formalités administratives. Si vous pensez que vous allez juste vous marier et que votre femme s’installera tranquillement — détrompez-vous. Entre les démarches pour le mariage franco-russe, le visa, les titres de séjour, on a facilement passé deux ans à remplir des formulaires, passer des entretiens en préfecture, traduire des documents. C’est épuisant, c’est parfois humiliant, et c’est absolument incontournable. Préparez-vous à devenir expert en droit des étrangers malgré vous.
Ce que personne ne m’avait dit non plus : l’ampleur du réseau informel qui existe entre couples dans notre situation. On a trouvé en ligne des forums, des groupes, des associations — des gens qui ont traversé exactement les mêmes galères administratives et qui partagent les solutions. Ce réseau nous a sauvé plusieurs fois.
Votre conseil aux hommes qui veulent se lancer
Claire Vasseur : Si un homme de 35 ans vous lisait ce soir en se demandant s'il doit tenter de rencontrer une femme russe, que lui diriez-vous ?
Sébastien Marchand : Je lui dirais : oui, mais pas comme ça.Pas en ouvrant une application de rencontre et en espérant que l’amour viendra tout seul. Les femmes russes sérieuses ne traînent pas sur les apps grand public, et les femmes qui traînent sur ces apps en se présentant comme “russes sérieuses cherchant amour vrai” méritent au minimum une vérification par appel vidéo spontané avant d’investir quoi que ce soit.
Ce que je ferais à sa place : passer par une agence reconnue, avec de vrais témoignages vérifiables, un contrat clair et un processus de sélection humain. Oui, c’est plus cher qu’un abonnement à une app. Et oui, ça vaut chaque centime. Pour comprendre le profil sociologique des femmes russes qui cherchent un partenaire étranger, il existe des études et des portraits de femmes russes et ukrainiennes vivant en France qui donnent une idée réaliste de ce qu’on trouve vraiment.
Au-delà du canal, ce que je lui dirais surtout : soyez prêt à être remis en question. Une femme russe qui vous choisit ne choisit pas votre nationalité — elle choisit vous, avec tout ce que ça implique. Si vous arrivez avec l’idée d’une femme “soumise” qui sera contente d’être en France, vous allez avoir une surprise. Si vous arrivez avec l’envie sincère de construire quelque chose d’égal et de solide, vous allez trouver quelque chose que peu d’autres relations peuvent offrir.
Après dix ans, Natalia est toujours la personne à qui j’ai le plus envie de raconter ma journée. C’est peut-être ça, la vraie réponse.
5 questions rapides
Claire Vasseur : Pour finir — cinq questions courtes, réponses courtes.
Claire Vasseur : Le plus beau mot russe que vous connaissez ?
Sébastien Marchand : *Moi* — ça veut dire "moi" en russe, mais ça se prononce "mwa". Les enfants trouvent ça drôle.
Claire Vasseur : Le plat russe que vous avez appris à aimer contre toute attente ?
Sébastien Marchand : La solianka. Une soupe épaisse, légèrement acide, avec des cornichons et de la viande. Je trouvais ça bizarre la première fois. Maintenant, c'est mon plat du dimanche préféré.
Claire Vasseur : La chose que Natalia vous reproche encore après dix ans ?
Sébastien Marchand : De ne pas fermer les tiroirs jusqu'au bout. C'est devenu un running joke dans notre maison. Les enfants vérifient chaque soir que je l'ai fait.
Claire Vasseur : Le conseil culturel que vous donneriez à n'importe quel homme avant son premier voyage en Russie ?
Sébastien Marchand : N'arrivez jamais avec un nombre pair de fleurs. Et ne souriez pas aux inconnus dans la rue — ça les inquiète.
Claire Vasseur : Si vous pouviez recommencer, changeriez-vous quelque chose ?
Sébastien Marchand : Je commencerais à apprendre le russe deux ans plus tôt. C'est la seule chose.
Entretien réalisé en mai 2026 à Bordeaux. Sébastien Marchand anime un groupe d’entraide privé pour les hommes français en couple avec une femme russe ou ukrainienne.